Le yoga comme outil de développement de la spiritualité. Shri Acharya Neeraj
La spiritualité est l’accès à la vérité ultime, à notre âme ; cet accès s’oppose à l’apparence extérieure de la vie, au jeu du mental et au monde apparent par lesquels nous sommes naturellement accaparés.
Dans le cadre de notre programme « Rencontre avec des yogis », Shri Acharya Neeraj Yogi a fait une conférence en ligne le 23 mai 2026 pour Yoga Souffle de Liberté : Le yoga comme outil de développement de la spiritualité.
Ci-dessous vous trouverez une synthèse de cette conférence fait par Christine Chaput et revue par Françoise Klein.
Qu’est-ce que la spiritualité ?
Le propos de tous les yogas, quels qu’ils soient, est l’éveil de notre nature la plus intime, de notre réalité intérieure.
La spiritualité est l’accès à la vérité ultime, à notre âme ; cet accès s’oppose à l’apparence extérieure de la vie, au jeu du mental et au monde apparent par lesquels nous sommes naturellement accaparés.
Nous sommes éveillés, mais seulement partiellement ; la majeure partie de nous-mêmes demeure inconsciente. Le propos est donc d’aller vers une transformation et un accroissement de conscience dans toutes les dimensions de notre être.
Comme nous l’avons déjà vu précédemment, il existe sept niveaux supérieurs de conscience et sept niveaux inférieurs, respectivement situés ou symbolisés au-dessus ou au-dessous de muladhara chakra.
Ainsi, le yoga est un chemin d’éveil de la conscience. Mais une question demeure : quelle est la racine de la conscience ? D’où vient-elle ?
La conscience est l’attribut de l’esprit, sa qualité. L’âme est la source, la force qui anime le corps physique, les sens, le mental, l’intellect et tous les plans de notre être.
Nous essayons d’être conscients de notre mental, de nos pensées, de nos émotions, mais nous ne cherchons pas à devenir conscients de notre âme, source de la lumière intérieure et de la conscience de tous les plans de notre être. Nous ne sommes conscients que d’une partie infime de nous-même ; le yoga et les pratiques permettent progressivement d’élargir cette conscience. Le plus important est de devenir conscient de l’âme, de l’esprit ; ceci représente le plus haut niveau de conscience, la vérité éternelle et infinie.
Je suis heureux de vous voir tous ici. Pourquoi ? Parce que vous êtes sur un chemin spirituel, dans un processus d’éveil, à la recherche de la source de la lumière.
Les différents yogas : pour qui ?
Les « voyants » (seers) ont apporté différentes formes de yoga, adaptées aux différentes natures humaines. Pour les personnes les plus rationnelles, logiques et organisées, il y a le yoga de Patanjali. Pour d’autres, il est nécessaire de passer d’abord par le hatha yoga, lorsque le corps n’est pas prêt, lorsque l’inertie est présente. Le hatha yoga permet de restaurer la santé du corps, de rendre le corps plus conscient. Il apporte des principes de purification, de dynamisation du corps d’énergie, avec des pranayamas comme nadi shodhana pour équilibrer les énergies, ainsi que de nombreux autres outils.
La spiritualité ne repose pas sur des théories, mais sur une expérience vécue, pratiquée, jusqu’à pouvoir être traduite dans la vie quotidienne.
Nous devons rechercher et devenir conscients de ce qui est éternel, infini et universel. Quelle est la source ultime ? Qu’est-ce qui rend notre être vivant ? Pour approcher cet aspect universel de notre être, le yoga offre de nombreux outils destinés à amener toujours plus de conscience vers notre être intérieur. Notre vie commence alors à être guidée par le pouvoir universel.
Pour devenir conscients de cette force intime, deux directions sont possibles :
- le monde extérieur, par l’extraversion ;
- le monde intérieur, par l’introversion.
Le monde extérieur nous distrait par ses changements permanents, alors que le monde intérieur nous rapproche de ce qui est universel et permanent.
La conscience éternelle, l’esprit, l’âme, portent la conscience de vie en vie ; ils sont l’essence même de notre développement.
Il existe de très nombreuses techniques et différents courants de yoga. Depuis vingt-six ans, je suis dans l’exploration du hatha yoga, du mantra yoga et du Patanjala yoga ; et, quelles que soient les pratiques, le dhyana (méditation), le kundalini yoga et le tantra sont naturellement présents dans ces explorations. Tout est profondément corrélé et imbriqué ; ces voies ne sont pas séparées mais intimement connectées. Il faut d’abord vaincre les désirs, puis les perturbations physiques, et enfin amener pranamayakosha, le corps d’énergie, à être libre de perturbations.
Pour cela, les pranayamas, mudras, bandhas et la relaxation sont essentiels afin de diminuer les fluctuations du corps vital. Les pranayamas travaillent sur les forces vitales pour amener un état de bien-être libre d’agitation. Ensuite vient le travail sur le mental, afin qu’il accepte d’être calme, silencieux et en paix.
Le premier état consiste donc à rendre le prana libre d’irritation, puis à permettre au mental de devenir silencieux. Alors l’écoute du silence peut apparaître, et avec elle la possibilité d’entendre ce que l’âme a à révéler.
La paix et le silence du mental sont les seules portes permettant d’être relié à l’âme, guidé et conduit par elle. Pour que l’âme puisse venir au premier plan, le mental doit se retirer dans le silence ; sinon, c’est lui qui reste le conducteur.
Seule la méditation profonde permet ce silence mental, où nous devenons capables d’écouter l’âme. Nos différents corps — physique, sensoriel, mental, énergétique, intellectuel — deviennent alors conduits et guidés par l’esprit.
Lorsque le mental est prêt à s’abandonner à l’Universel, il devient prêt à être guidé.
Seules les pratiques sont importantes. Tant que nous restons simplement en relation en ligne, l’échange demeure théorique. L’essentiel réside dans la pratique, vécue dans cette aura spirituelle.
La spiritualité n’est pas dans les lectures ni dans les études ; elle se réalise essentiellement à travers les pratiques et l’expérience directe de cet état de conscience universelle et divine, jusqu’à pouvoir le traduire dans le quotidien.
La spiritualité concerne la conscience universelle, la conscience divine, traduisant l’omniprésence, la connaissance absolue, l’éternité et l’infinité dans notre vie quotidienne, ici sur Terre et non dans un paradis abstrait. Taper à la porte de la divinité, grandir ensemble, établir cet état ! Nous sommes membres d’une famille sur le même chemin.
Questions
Quelle est la différence entre l’âme et l’esprit ?
Et : la conscience est-elle réellement reliée à l’amour et à la joie universelles ?
L’âme est la source individuelle de la conscience de nos différents corps (koshas). Sans la présence de l’âme, ces corps ne sont pas conscients. L’âme est engagée dans un processus d’évolution.
L’esprit est la force qui permet cette évolution.
Pour faciliter la compréhension, on distingue conscience individuelle et conscience universelle. Mais cette conscience universelle nous fait ressentir que tout est relié : le vivant comme le non-vivant.
Alors apparaît la perception de l’unité.
Nous aimons chacun et tous dans un amour inconditionnel, au-delà des frontières et des limitations, en soutenant et prenant soin de tous.
Nous ne sommes plus simplement « dans l’amour » ; nous devenons l’amour universel lui-même.
il n’y a plus de trinité (lover, loving and loved : l’aimant, l’action d’aimer et l’aimé). Dans l’état d’amour universel, il n’y a plus quelqu’un ou quelque chose à aimer, mais seulement l’expérience.
Les paires d’opposés demeurent-elles toujours présentes ?
Dans le devenir-amour de la conscience universelle, peut-on devenir haine en même temps ?
Oui, lorsque nous reconnaissons à la fois cette conscience universelle et la misère du monde, cette conscience emprisonnée.
C’est comme la goutte et l’océan : la conscience individuelle et la conscience universelle. La conscience individuelle peut être confinée, tandis que la conscience libérée est universelle.
Il existe un état où les deux cohabitent simultanément, comme les deux faces d’une même pièce. Les opposés sont alors perçus comme une seule réalité. Cet état, où deux opposés coexistent simultanément, apparaît lorsque pranamayakosha devient complètement calme.
Comment distinguer les émanations du mental des intuitions ou de l’inconscient ?
Nous sommes habitués à être reliés au mental et à lui faire confiance.
Au-dessus du mental se trouve l’intellect, logique et rationnel. Sur un plan supérieur apparaissent les intuitions, lorsque le mental est libéré de ses fluctuations.
Lorsque nous devenons simplement témoins, sans émotions ni imagination, les intuitions émergent de l’être intime.
Par exemple, le chant des mantras met le mental au repos ; intuitions et visions apparaissent alors plus facilement, car cet état nous rapproche de l’âme.
Les intuitions ont trois niveaux :
- des informations ;
- des instructions ;
- des commandes.
Les deux premiers niveaux peuvent éventuellement ne pas être suivis, mais lorsque les commandes sont reçues, elles s’imposent avec la force du pouvoir divin.
Lorsque nous devenons capables d’entendre le son du silence, l’âme peut alors venir au premier plan. C’est l’état le plus beau : celui où l’on peut soigner, soutenir, rayonner de lumière et de complétude. Il n’existe rien de plus élevé.
Nous n’avons pas à devenir auditeurs du son du silence ; ce son doit plutôt être réalisé, expérimenté. C’est un état au-delà des sens, au-delà même de l’écoute et de la vision ordinaires.
Alors nous sommes prêts à être guidés.
« En vous écoutant, tout semble très simple ; mais j’ai l’impression de ne pas m’autoriser à m’abandonner complètement. »
Oui, cela demande du temps. Être prêt à tous les niveaux dépend de la transformation progressive de la conscience, responsable de toutes les transformations.
S’abandonner à la conscience universelle n’est pas facile, car nous sommes entraînés à agir, à faire des efforts. La patience est nécessaire, ainsi qu’un travail sur des niveaux de conscience plus élevés grâce à certaines pratiques. L’abandon permet d’être soigné.
C’est le bhakti yoga, voie très belle et très efficace, également appelée Ishvara pranidhana : l’abandon au Seigneur Ishvara. Le bhakti yoga convient particulièrement aux personnes sensibles et émotionnelles. Elles perçoivent plus facilement les vibrations et l’atmosphère autour d’elles.
C’est une voie de pure dévotion, d’amour inconditionnel et d’abandon au Suprême.
Il existe pour cela différents chemins, différents noms et différentes déités, avec ou sans forme.
Cette voie conserve une certaine dualité :
- le dévot,
- la dévotion,
- et l’être divin.
Ici, il n’y a pas réellement de techniques : seulement l’abandon au Suprême et le souvenir constant de sa présence.
Cet état culmine lorsque le dévot et la déité ne forment plus deux entités distinctes, mais l’être universel lui-même. Il n’existe alors plus de chemin particulier ni de culte spécifique, seulement le ressenti permanent de cette présence, en regardant, marchant, pensant ou travaillant.
Il y a oubli d’être l’auteur des actions : c’est Cela lui-même qui agit.
Neeraj rappelle qu’il existe une opportunité d’approfondir ces expérimentations lors d’une retraite de quinze jours en octobre avec lui. Les informations sont disponibles sur le site Yosoli.fr.
Traduction et transcription : Christine Chaput, le 23 mai 2026.
Relecture : Françoise klein
Conférences de Shri Acharya Neeraj :
Conscience, âme et transformation intérieure : une lecture yogique, 25/2/2026
