Une saison avec les arbres
Dans cet article, Lucile nous explique comment le thème des arbres a accompagné ses cours durant toute l’année 2025-2026. Comment elle a vécu ce choix qui s’est imposé à elle. Et comment ses élèves ont vécu l’expérience. Sans doute inspirée par le chemin de Saint-Jacques, dont 2026 marque pour moi l'achèvement, les arbres ont accompagnés l’ensemble des séances de mon année de cours 2025-2026.
Dans cet article, Lucile nous explique comment le thème des arbres a accompagné ses cours durant toute l’année 2025-2026. Comment elle a vécu ce choix qui s’est imposé à elle. Et comment ses élèves ont vécu l’expérience. Sans doute inspirée par le chemin de Saint-Jacques, dont 2026 marque pour moi l’achèvement, les arbres ont accompagnés l’ensemble des séances de mon année de cours 2025-2026.
Lucile Jouvenel

Généralement, je choisis un thème, fil conducteur de la saison, j’ai alors le sentiment, à tort ou à raison, que la pratique n’est plus seulement un enchaînement de gestes ou de rendez-vous. Cette fois, l’expérience a été vécue par les pratiquants de manière particulièrement enthousiaste. Au fil des séances, une proximité plus grande s’est installée avec la discipline du yoga, les arbres et leurs correspondances rendant les enseignements plus vivants et plus concrets. C’est ce qui m’a donné envie de partager avec vous ce que nous avons traversé.
Pour les séances du premier trimestre, je me suis laissée guider par ces vidéos :
Annick de Souzenelle – l’initiation :
Ernest Zürcher/Philippe Bobola : les arbres, don du vivant, d’intelligence collective
Les séances ont été en lien avec les qualités des arbres : la verticalisation, les racines, la circulation, le lien terre-ciel, l’inversion, la mémoire…jusqu’à l’enseignement du sapin de Noël.
La richesse s’est dévoilée délicatement. Proposer ce voyage a fait grandir une forêt intérieure bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer.
Au fil des mois, chaque arbre est devenu un compagnon de pratique, une invitation à explorer une qualité de présence, un souffle, un silence, un sens ou une étape du chemin. Ensemble, ils ont constitué une forêt vivante, nourrie par nos pratiques, nos partages et nos rencontres.
Voici quelques exemples en lien avec la « boîte à outils de Patanjali », le fameux yoga des 8 membres:
L’Olivier et les Yamas
Les Yamas : sont les principes qui nous invitent à cultiver une relation juste avec les autres et avec le monde. Ils ne sont ni des règles morales ni des interdits, mais des repères qui nous aident à vivre avec davantage de paix, de respect et de conscience. L’autre devient alors un miroir qui éclaire notre manière d’être et d’entrer en relation.
L’olivier : depuis l’Antiquité, il est le symbole de la paix, de la réconciliation et de la sagesse. Il traverse le temps avec force et douceur, rappelant que la paix se cultive patiemment.
L’enseignement : l’olivier nous rappelle que la paix se construit dans la relation. Les Yamas nous invitent à tisser des liens fondés sur le respect, la bienveillance et la juste mesure.
La paix devient alors une manière d’habiter le monde et de rencontrer l’autre.
L’arbre de Judée et les Niyama
Les Niyamas sont les principes qui nous invitent à cultiver une relation juste avec nous-mêmes. Ils nous proposent un chemin d’observation, de discipline intérieure et de présence, non pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour comprendre qui nous sommes
L’arbre de Judée fleurit directement sur son tronc et ses branches, souvent avant l’apparition des feuilles. Une floraison qui naît de l’intérieur.
L’enseignement : une invitation à prendre soin de notre espace intérieur par une transformation qui se cultive avec patience, authenticité et fidélité à soi, jusqu’à laisser apparaître ce qui était déjà présent en profondeur.
Le chêne et asana
Asana : il ne s’agit pas seulement d’une posture corporelle. C’est un espace stable et confortable dans lequel il devient possible de s’observer avec justesse. La posture cesse d’être une forme à réussir pour devenir un lieu de présence, alliant fermeté et aisance.
Le chêne est l’image de la stabilité. Solidement enraciné, il traverse les saisons et résiste aux tempêtes. Ses branches, puissantes et souples à la fois, rompent rarement. Par sa force tranquille, il abrite un écosystème riche où de nombreuses formes de vie trouvent refuge.
L’enseignement : le chêne et asana nous invitent à devenir un espace habitable par une stabilité qui n’est ni rigidité ni performance, et une présence suffisamment solide pour accueillir ce qui est là. Alors l’observation peut naître naturellement.
Le Pin et le Pranayama
Le pranayama, le souffle : avec lui, nous entrons en relation avec le prana, cette énergie vitale qui anime le corps. Respirer devient alors une manière d’accueillir pleinement le vivant.
Le pin est un arbre qui semble vivre en dialogue permanent avec l’atmosphère. Sa présence évoque une vitalité paisible, entretenue sans agitation ni excès.
L’enseignement : le pin nous invite à respirer en conscience, avec régularité et simplicité. A contempler le pin, on pourrait presque imaginer qu’il pratique le praṇayama depuis toujours… et qu’il en a soufflé le secret aux hommes.
Le ginkobiloba et Pratyara
Pratyahara est souvent traduit par « le retrait des sens ». Il évoque plus justement leur émancipation : les sens continuent de percevoir le monde, mais ils ne dirigent plus notre attention. Celle-ci peut alors se tourner vers l’intérieur, dans une présence simple et intime, pour se rencontrer tel que l’on est.
Le Ginkgo biloba, l’un des plus anciens arbres de la Terre, traverse les siècles avec une remarquable sérénité. Ses feuilles s’ouvrent en éventail, comme nos sens qui s’ouvrent au monde. Pourtant, derrière cette ouverture demeure une présence immuable, profondément enracinée, que le passage du temps ne semble pas altérer.
L’enseignement : la possibilité de rester pleinement ouverts au monde sans être emportés par les sollicitations qui nous entourent. Les sens demeurent ouverts, mais l’attention retrouve sa liberté. Laissant émerger une présence silencieuse.
Le cyprès et Dharana
Dharana, le comportement juste vis à vis de l’attention.
Notre expérience quotidienne est riche de sensations, de pensées, d’émotions et de sollicitations multiples qui peuvent facilement disperser notre attention. Dharana n’invite pourtant pas à exclure le monde pour ne retenir qu’un seul objet. Elle nous apprend plutôt à retrouver un espace de présence suffisamment stable pour demeurer au cœur même de l’expérience.
Le cyprès s’élève avec une remarquable verticalité. Toute son énergie semble orientée dans une même direction: grandir dans l’axe de son être.
L’enseignement : lorsque l’attention ne se disperse plus, elle devient plus stable, plus paisible et plus disponible permettant au champ de notre expérience de s’expandre.
Le hêtre et Dhyana
Dhyana, le comportement juste vis à vis de la capacité à rester présent. Cet axe nous invite à développer notre regard de Témoin c’est à dire à voir notre fonctionnement sans nous identifier. Nous ne cherchons plus à modifier notre expérience ; nous apprenons simplement à l’habiter avec présence.
Le hêtre est un arbre de forêt. Ensemble, les hêtres créent une atmosphère unique où la lumière se tamise, où le silence s’installe et où une sensation de paix émerge naturellement. Ce n’est pas un arbre seul qui produit cette harmonie, mais la présence de toute la hêtraie.
L’enseignement : c’est ensemble, en forêt d’Hêtre que l’espace de lumière et de paix se crée, lorsque tout trouve sa juste place dans un même espace de présence.
Le Banyan et Samadhi
Samadhi, le comportement juste vis à vis de l’unité. C’est un état où la conscience individuelle s’unit à la conscience universelle. Il n’y a plus de séparation. Il ne s’agit pas de disparaître, mais de reconnaître profondément l’appartenance à un même vivant.
Le banyan et sa particularité : ses branches descendent et deviennent des racines, produisent de nouveaux troncs. Il devient alors difficile de distinguer ce qui est le tronc initial, ce qui est racine ou ce qui est nouvelle branche.
L’enseignement : les formes demeurent, mais elles cessent d’être ce qui nous définit. Tronc, racines, branches et espaces existent toujours, mais leur distinction n’a plus d’importance. Il ne reste plus qu’un même vivant qui se déploie sous des formes multiples. L’unité n’efface pas les différences ; elle révèle le lien profond qui les relie.
Bien sûr, chaque arbre aurait pu être associé différemment mais c’est ce qui m’a le plus parlé sur le moment.
Une autre manière d’entrer en relation avec les Yoga Sutra, avec le monde naturel qui nous entoure et avec soi-même.
Pour les interprétations des notions yogiques : Le Livre du Maintenant de François Lorin.
