La vertu cathartique du doute selon Krishnamurti. Najia Begny

Si vous pensez que telle ou telle chose est importante parce qu’elle est dite par telle ou telle personne, c’est que vous n’essayez pas de voir par vous-même où est la vérité et où est l’erreur.

Extraits de causeries, choisis par Najia Begny.

« Un esprit intelligent doit pratiquer le doute et le scepticisme ».

Jiddu Krishnamurti. La nature de la pensée, 2006.

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« S’il vous plaît, n’acceptez pas ce que dit l’orateur. Si vous le faites, cela n’aura aucun sens. Si vous ne commencez pas à douter, si vous ne commencez pas à remettre les choses en question, à être sceptique dans votre recherche, si vous vous accrochez à votre croyance particulière, à votre foi, à votre expérience ou au savoir accumulé, alors vous réduirez le tout à quelque chose sans importance et sans grande signification. Si vous agissez ainsi, vous n’affronterez pas l’immense problème qui se pose à l’homme ».

Krishnamurti. Première causerie à Saanen, 12 juillet 1981.

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« A – Vous dites qu’il y a très peu de grands hommes sur la Terre. Alors qui êtes-vous ?

K – Ce que je suis n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est la vérité ou l’erreur de ce qui se dit ici. Si vous pensez que telle ou telle chose est importante parce qu’elle est dite par telle ou telle personne, c’est que vous n’essayez pas de voir par vous-même où est la vérité et où est l’erreur.
En général, on a peur de voir par soi-même et c’est pour cela qu’on accepte ce que disent les uns ou les autres. L’important est de mettre en doute, d’examiner, de ne jamais accepter. Malheureusement, on n’écoute que les gens que l’on juge importants, ou quelque autorité établie, les Upanishads, la Gîta ou autre chose. On n’écoute ni les oiseaux, ni le bruit de la mer, ni le mendiant. Il pourrait y avoir de la vérité dans ce que dit le mendiant, et il pourrait n’y en avoir aucune dans ce que dit le riche et le puissant.

 A – Nous lisons des livres parce que nous avons de la curiosité. En aviez-vous ?

K – Pensez-vous trouver la vérité en vous contentant de lire des livres ? Découvrirez-vous quoi que ce soit en répétant ce que d’autres ont dit ? On ne peut faire des découvertes qu’en cherchant soi-même, en doutant. Beaucoup de personnes lisent des livres de philosophie ; ces lectures façonnent leur esprit, de sorte qu’il leur devient très difficile de discerner le vrai du faux. Lorsque l’esprit est ainsi influencé, façonné, il ne peut découvrir la vérité qu’avec la plus grande difficulté ».

Krishnamurti, Face à la vie. Deuxième série, chapitre III.

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« Le doute est riche. Il clarifie et purifie l’esprit. La remise en question, le fait même de la présence du doute en soi, nous aide à éclaircir notre recherche. Il faut douter non seulement de tout ce que les autres ont dit, de l’idée de régénération, de la croyance et du dogme chrétien de la résurrection, mais aussi de la certitude asiatique de la continuité.

C’est en doutant et en remettant tout cela en question que nous trouvons la liberté nécessaire à notre recherche. Si l’on écarte vraiment toutes ces notions, non seulement verbalement, mais en les niant au plus profond de soi, alors on ne vit plus dans l’illusion. Une liberté totale à l’égard de toutes les illusions imposées ou créées par nous est indispensable. Nous jouons de ces illusions, mais si nous sommes sérieux, elles n’ont en fait aucun rôle, non plus que la foi ».

Krishnamurti, Dernier Journal, Ed. du Seuil, Coll. « Points Sagesses ».