La fille du désert, une vie avec Isabelle Eberhardt.

Coup de coeur de Lucile Jouvenel : Blanche de Richemont – La fille du désert, une vie avec Isabelle Eberhardt

Ce livre est une rencontre entre deux femmes séparées par plus d’un siècle : Isabelle Eberhardt et Blanche de Richemont.

Il évoque la vie hors du commun d’Isabelle Eberhardt, une jeune femme suisse étonnante, impossible à enfermer dans une case : une jeune femme qui, au début du XXe siècle, quitte son pays pour le désert algérien et y mène une vie hors des conventions. Elle voyage habillée en homme, adopte la vie nomade, écrit, travaille comme journaliste et se passionne pour le désert et le soufisme. Elle refuse les conventions et cherche à vivre selon ce qui l’appelle profondément.

Le livre fait un parallèle avec l’autrice, Blanche de Richemont, qui, des années plus tard, parcourt à son tour le Sahara sur les traces de celle qui l’a profondément inspirée. 

Le texte est conçu comme un dialogue entre elles.

Pour la présentation de l’autrice, je vous propose ce podcast :

L’axe prégnant : qu’est ce qu’être libre ?

Libre de sortir des cases, libre de quitter ce que l’on connaît, libre de ne pas correspondre à ce que les autres attendent de nous.

Etre entier, passionnée, sans compromis.

Une intensité folle et envoutante.

En toile de fond, l’immensité du désert. Un paysage de dépouillement, de forces, de rigueurs et d’épreuves.

Il se dessine une voie à laquelle il n’est pas possible d’échapper.

La paix devient alors une manière d’habiter le monde et de rencontrer l’autre.

Il y est également question de « être femme » :

Être femme et choisir de sortir des espaces préétablis.

Être femme et ne pas renoncer à ses aspirations, à ses désirs, à sa liberté.

Être femme, se confronter à un autre monde pour être soi-même.

Brouiller les codes pour mieux se trouver dans une fidélité à soi sans failles.

Toujours choisir une vie intensément vécue, avec ses contradictions, ses risques, ses blessures celle qui mène aux émerveillements.

Et puis il y a l’amour.

L’amour fou pour un homme.

Mais fondamentalement, l’amour de la Vie.

La soif de vivre vraiment.

De ne pas passer à côté de sa propre existence.

Oser suivre ce qui nous appelle, même lorsque le chemin n’est pas tracé.

Ne pas tricher ni avec la vie ni avec soi-même.

Dans cette lecture résonne: la connaissance de soi, le non-attachement, le silence, le sens de la vie.

Quelques extraits :

Par cette initiation, Isabelle consent à vouer une obéissance absolue à son moqqadem, le maître de sa confrérie. (…) J’avais du mal à comprendre son choix. J’y voyais un paradoxe. Elle qui aspirait tant à être libre, pourquoi accepter d’entrer dans une famille spirituelle qui fait voeu d’obéissance absolue? Parce que se mettre à genoux devant plus haut que soi, c’est être libre. Libre de son égo. Même libre de sa propre volonté (…). J’avais aussi vu les hommes du désert se courber en prière face au soleil. Je les contemplais comme une image parfaite de la paix et de l’humilité. « Humus » en latin veut dire «terre » en français. L’humilité, c’est donc revenir à la terre. J’ai découvert dans le désert que l’absolu nous met à genoux pour que notre âme se redresse. 

Blanche de Richemont

La paix devient alors une manière d’habiter le monde et de rencontrer l’autre.

Je ressens une croissante irritation contre la vie et les hommes qui acceptent l’esclavage pour l’imposer aux autres ». Elle s’en veut aussi de ne pas avoir su jouer le jeu des hommes. Elle s’en veut de sa nature extrême qui rejette les compromis. Elle ne sait pas faire semblant, elle n’a jamais su. Quel en est l’intérêt? Survivre. Elle pensait pouvoir trouver le juste milieu entre sa soif de liberté et les exigences de la société, elle n’y est pas parvenue. Trop d’ennui dans tous ces faux-semblants, ces paroles banales qui cherchent à combler le vide, ces discussions vaines qui ne disent rien du coeur, ces mots si pleins des maux d’hommes avides de plaire et d’exister, ces certitudes qui n’élèvent pas, ces vérités de l’âme enfouies, ces connaissances sans amour.

Isabelle Eberhardt

Plus tard, comme elle, je comprendrai que ce n’est pas dans le danger que réside le secret de la Vie, mais dans la paix.

Nous sommes seuls au milieu des hommes, seuls dans nos nuits blanches, seuls dans nos joies pures. Seuls parce qu’uniques. On passe notre vie à fuir cette solitude qui nous fait peur. J’ai décidé comme Isabelle, de l’apprivoiser en devenant l’amie du silence. Désormais, ma solitude est habitée. Quand parfois elle m’empoigne et me torture, il me suffit de regarder par la fenêtre, de marcher dans la rue et d’être cueillie par une beauté fugace pour que je sente une présence. Oui, la beauté est présence. Elle semble faire un signe vers un mystère, un amour secret qui murmure tout bas : Continue, tu n’es pas seule.

Blanche de Richemont