Luis Ansa, la Voie du Sentir
C’est ce monde perceptif qu’il faut nourrir et explorer, ce monde dans lequel il y a une immense connaissance à notre disposition. Elle est vaste, mais elle n’est pas dans les livres, elle est dans la pratique, vous voyez, elle se cache dans le silence de la chair !
Un coup de coeur de Lucile Jouvenel

Au fur et à mesure de la lecture de ce livre, le coup de coeur devenait inévitablement une évidence…et particulièrement auprès de YoSoLi qui s’intéresse aux différentes voies d’éveil.
Luis Ansa, initié au chamanisme dès son enfance, a été formé par onze maîtres de traditions différentes (hermétisme chrétien, zen, hindouisme, soufisme…).
Il s’est nourri de ces expériences sans jamais chercher à les enfermer dans un système, privilégiant toujours l’expérience directe. Et il ne s’est jamais laissé enfermer dans l’image d’un Maitre spirituel.
Avec ce livre, je découvre qu’Henri Gougaud dont j’aime tant les poèmes a passé de nombreuses années auprès de lui.
La Voie du sentir est le nom de la démarche qu’il développe. Elle est centrée sur une perception fine du corps et du vivant en tant que proposition de chemin de connaissance intérieure. Il s’agit de ressentir avant de penser, d’habiter son corps comme un espace vivant sans dogme ni religieux ni philosophique.
Il induit une véritable responsabilisation : celle d’explorer concrètement par soi-même l’expérience de son propre corps via la sensation, l’expérience immédiate.
Sa proposition partant du corps m’a bien entendu interpellée en tant que pratiquante de yoga et mon regard s’est modifié comme pour ouvrir une autre compréhension sur ma discipline car à travers l’attention portée au sentir, il invite à une revalorisation du corps et une transformation subtile de la perception, où l’être humain peut se reconnecter à une intelligence plus profonde que celle du mental.
Mille réflexions proposées m’ont interpellée : la mémoire du corps et ses empreintes les plus anciennes, la qualité du sentir dans l’instant présent, la relation au souffle comme porte d’entrée vers une présence plus fine, mais aussi la manière dont le mental s’accroche ou se relâche face à l’expérience directe, la question de l’attention, de l’inconscient, les perceptions ordinaires qui deviennent extraordinaires lorsqu’elles sont pleinement habitées, les conditionnements qui se révèlent à la lumière de l’attention, et cette possibilité toujours ouverte de revenir à une sensation nue, non interprétée, la place du féminin comme espace de dissolution des oppositions…
Le Tout sans hiérarchie entre les différentes dimensions de l’être.
Quelques extraits :
Pour poser le contexte :
« C’est ce monde perceptif qu’il faut nourrir et explorer, ce monde dans lequel il y a une immense connaissance à notre disposition. Elle est vaste, mais elle n’est pas dans les livres, elle est dans la pratique, vous voyez, elle se cache dans le silence de la chair ! “Et le Verbe se fit chair !” Il y a des clefs partout mais on ne les utilise pas(…) ». « Quand on plonge dans le corps, on découvre à l’intérieur quelque chose comme un bijou qui prend l’esprit et le forme. Cette connaissance n’est pas l’apanage du chamanisme. Si vous lisez un tant soit peu certains maîtres, que ce soit Pythagore, Ghazali, Ibn’Arabî, Rûmî, Saint-Augustin, ils vous diront des choses similaires. Mais nous sommes dans une société où on nous fait croire que plus on sait, plus on est. Or, c’est l’inverse. C’est cela le grand problème ».
« Par ailleurs, si vous avez des problèmes personnels ou familiaux, commencez par voir un psychiatre ou un psychologue et mettez de l’ordre dans votre poulailler. Faites des thérapies mais n’emportez pas vos problème personnels dans ce travail, car votre poulailler à des limites et ce travail n’en a pas. Un travail intérieur ne sert pas à résoudre les problèmes que vous n’avez pas résolus dans votre vie. Un travail intérieur est là pour que vous opériez en vous un retournement total de vous-même. Ce n’est pas pareil ! ».
« Je ne suis que le produit d’un conditionnement total qui touche le plan social, psychologique, philosophique, intellectuel et religieux. Donc je vais sortir de là, mais pas pour changer le monde, pas pour dire que je suis meilleur que les autres, simplement parce que je ne veux plus être dans un tel poulailler. Encore une fois, ce n’est pas parce que le collectif est mauvais. Le collectif est ce qu’il est. Et ce collectif ne va même pas sentir que je suis sorti, c’est pour cela que j’ai une chance. Parce que je ne compte pas dans l’économie de l’univers ».
Pour ouvrir sur d’autres horizons :
« Alors oui, je peux dire : “Je me suis incarné pour capter le mystère de Dieu, parce-que Dieu ne ressent pas le vent, parce qu’il ne connaît pas la sensation de la pluie qui coule sur mon visage et qu’il attend que je l’en informe.” Vous voyez, l’être vient en étant dépourvu de toute connaissance de ce monde. Il vient pour connaître ce que Dieu a créé, et c’est pour cela que chaque être est une programmation de cette captation ».
« Lorsque l’autre vous parle, la “considération extérieure” ne peut émerger que si vous avez en vous un silence qui vous permet d’avoir une distance. L’état de conscience éveillée des maîtres, c’est un état de distance vis à vis de l’autre. L’état de distance, c’est la non-identification à ce que je suis, à ce que je sais et à ce que je pense par rapport à l’autre ».
« C’est l’amour qui vous amène au-delà de vous-même. Alors devenez un foyer d’amour. Soyez un foyer d’amour. Et pour cela, devenez un lieu sacré de vous-même. Non pas un lieu de prostitution ou de spéculation, non pas un lieu de copie, de souffrance, de punition ou d’interdits, un lieu libre. Libre de quoi ? Un lieu libre de moi-même, non parce que je suis mauvais, mais parce que la version de moi-même que l’on m’a donnée, et que j’ai acceptée, est fausse ».
« Vous voyez, c’est cela : un monde relationnel amoureux. C’est un retournement qu’il faut faire. C’est renverser le jeu, c’est entrer dans une intériorité extraordinaire où la concavité, sans que vous ayez besoin de rien lui demander, opère d’une façon précise, vous faisant découvrir que vous pouvez vivre sans haine, sans compétition et sans système comparatif. Et dans ce retournement, apparaît une mémoire qui vous permet d’aimer l’autre sans convoitise, de l’aimer peut-être plus que vous-même ».
