Le yoga n’est pas cette tradition-ci ni celle-là, le yoga est le yoga !
Lorsque nous honorons la personne qui vient nous voir nous respectons l’esprit des yama, et si cette qualité est absente, le yoga faillira.
Réponse de T.K.V. Desikachar à une question de Franz Moors

Nous partageons avec vous ce texte lu par François Lorin lors des dernières « Hivernales » (2026) organisées par Yosoli, et dont le thème était « Le yoga est un ».
T.K.V. Desikachar (Quinze janvier 2000, interview sur yogavallî) :
Frans Moors : Le yoga de Patañjali est universel dans le sens où il s’intéresse au mental avant tout. Mais d’autres disent que le yoga d’un tel, c’est les postures avant tout. D’autres encore ceci ou cela… Qu’en pensez-vous ?
TKV : Nous devons nous assurer de donner un enseignement qui ne comporte aucune source de conflit. Vous avez cité à plusieurs reprises la formule : “Cette tradition…, la tradition de T. Krishnamacharya…”. D’autres disent : “Notre tradition”, mais le yoga n’est pas cette tradition-ci ni celle-là, le yoga est le yoga !
Que ce soit celle de Shivananda, de Satyananda, de mon oncle, de mon père…, c’est le yoga qui importe. J’apprécie votre respect pour mon père, mais quand on parle comme vous le faites, on crée des clivages, des clans, des groupes de force, et on n’est plus très loin des conflits. Je répète qu’il faut éviter tout ce qui divise et favoriser tout ce qui rassemble.
Nous ne devons pas nous inquiéter d’avoir ou non une plus grande audience que les autres, notre seule préoccupation doit être les gens. Comment toucher toutes ces personnes qui n’ont pas trouvé le réconfort recherché dans d’autres voies et pour qui le yoga peut être si utile !
Nous devons d’urgence ouvrir la porte du yoga, et si la bhakti de Krishnamacharya constitue un obstacle à cette ouverture, les gens ne pourront entrer ! Si je commence par dire : « Ceci est ma tradition» certains répondront : « Très bien, gardez-la bien pour vous »… Je pense pour ma part qu’il faut, dans l’enseignement de Krishnamacharya, enlever tout ce qui peut freiner les gens et garder tout ce qui est susceptible de leur être le plus utile.
Si le yoga de T. Krishnamacharya aide, tant mieux, et il faut y recourir, si au contraire il est source de difficulté ou de division, il faut le laisser de côté.
Ces derniers jours, Chandra m’a beaucoup parlé des différents aspects de l’enseignement que nous pouvons donner aux élèves : technique, philosophique, etc. mais c’était chaque fois pour insister sur le principal, à savoir que nous devons nous intéresser à eux, développer une relation de qualité, leur prouver notre considération, nous occuper de leurs besoins fondamentaux… Tout cela est bien plus important que l’étude théorique. Lorsque nous honorons la personne qui vient nous voir nous respectons l’esprit des yama, et si cette qualité est absente, le yoga faillira.
Chaque fois que j’ai vu un échec du yoga, c’est parce que la considération faisait défaut. Cette qualité relationnelle doit être notre priorité.
